Chercher un mot
Je lisais un ouvrage sur les violences sexuelles faites aux enfants, et les situations s'y succédaient. Des familles où rien n'était commis, et où quelque chose avait déjà lieu. Des agresseurs qui n'éprouvaient aucune attirance particulière pour les enfants. Des personnes attirées par des enfants, et qui n'avaient jamais agi. Chaque situation avait son vocabulaire, ou n'en avait aucun. Au fil des pages, j'ai éprouvé le besoin de les rassembler sous un seul mot.
Je ne sais pas tout à fait d'où vient ce besoin. Une part de moi veut que les choses entrent dans des cases, et je m'en méfie : les cases rassurent plus souvent qu'elles n'éclairent. Cette fois pourtant, le manque ne venait pas seulement de moi.
En cherchant ce mot, j'ai compris à qui il manquait le plus. Pas à celui qui veut classer. À la personne à qui il est arrivé quelque chose que la langue commune ne nomme pas, et qui le porte sans pouvoir le dire.
Le partage des mots
Deux mots se partagent aujourd'hui le terrain, et ils ne disent pas la même chose. « Pédophile » nomme une attirance, un regard sexuel porté sur des enfants, qu'il passe à l'acte ou non. Le mot appartient au vocabulaire médical, qui y voit, à certaines conditions, un trouble. « Pédocriminel » nomme un acte, et appartient au droit. Les deux ne se recouvrent pas : une partie des agresseurs d'enfants n'éprouve aucune attirance pédophile, une partie des personnes pédophiles n'agit jamais[1][2].
Le langage courant les confond, et cette confusion a un coût. Elle adoucit d'abord l'acte dans les mots qui le racontent. Parler d'attirance, voire d'amour des enfants, là où il y a violence, c'est reprendre le récit des agresseurs, comme le relevait la journaliste Titiou Lecoq[3]. La Ciivise ne dit pas autre chose quand elle tient « pédophile » pour « le plus mauvais choix concevable » s'agissant d'un agresseur[4].
Elle entretient ensuite la figure du monstre : l'inconnu qui agit seul dans l'espace public, ou le membre d'un réseau qui enlève des enfants. C'est la représentation commune, et la Ciivise rappelle qu'elle ne correspond pas à la réalité[4-1]. Christine Delphy et Hélène Palma l'écrivaient déjà : l'agresseur le plus fréquent se trouve dans l'entourage de l'enfant, et c'est là qu'il est le plus rarement découvert[5]. C'est encore la peur de l'inconnu que les parents transmettent d'abord : dans une enquête américaine, plus de neuf parents sur dix désignaient les inconnus comme le principal danger en parlant d'abus sexuels à leurs enfants[6].
Pour l'enfant comme pour son entourage, il devient alors plus difficile de reconnaître ce qui arrive, et de le dire. Ce que la langue confond, ou n'a pas prévu, on le voit mal.
Un mot seul
Une partie de ce qui manque a pourtant un nom. Le psychanalyste Paul-Claude Racamier a appelé incestuel ce climat où le sexuel imprègne les relations familiales sans forcément passer à l'acte : les places se brouillent, les générations se confondent, l'enfant se trouve investi d'un rôle qui n'est pas le sien. Souvent, rien de ce qui s'y passe ne tombe sous le coup de la loi. L'enfant en garde la trace[7].
Le mot a fait du chemin : la Ciivise l'a repris, tout en jugeant le concept encore à clarifier[4-2]. Mais il reste peu connu hors des cabinets et des commissions, et la justice elle-même peine à le saisir. Le journaliste Julien Mucchielli estime que les acteurs judiciaires vont devoir faire l'effort de comprendre l'incestuel, ce contexte familial dans lequel surviennent les actes incestueux[8].
Surtout, le mot reste seul. Il nomme le climat sans le relier à l'attirance qui peut le sous-tendre, ni à l'acte qui peut en sortir. Une personne qui a grandi dans un tel climat apprendra peut-être, un jour, qu'il porte un nom. Elle ne trouvera pas, dans la langue commune, de quoi dire que ce qu'elle a vécu relève du même ordre de réalité que ce qu'on appelle ailleurs une violence sexuelle.
Ce qui manque est donc moins un mot nouveau qu'un lien : un terme connu de tous, qui tienne ensemble le regard, l'acte et le climat.
Pourquoi ça manque
Les mots suivent les institutions. La justice nomme ce qu'elle juge : un acte, une qualification, une peine. La médecine nomme ce qu'elle soigne chez un individu : un trouble, avec ses critères et sa durée. La thérapie familiale nomme ce qu'elle observe entre les membres d'une famille : un climat. Chacune découpe le réel à la mesure de sa tâche, et le fait avec rigueur. Aucune n'a de raison de nommer ce qui la déborde.
La Ciivise, elle, a reçu un mandat qui embrasse l'ensemble. Elle a recueilli près de 30 000 témoignages[4-3] et fait un pas que les autres n'ont pas fait : elle intègre le climat incestuel au repérage et propose d'en faire un délit. Mais toujours comme une violence, et l'attirance jamais agie reste hors de son champ. Elle qui écarte « pédophile » recommande « pédocriminel » à qui tient au préfixe : un mot qui nomme l'acte, où le climat n'entre pas davantage. Même l'instance qui voit l'ensemble nomme par la violence ce qui est fait à l'enfant.
Une autre raison nous regarde. Personne ne veut d'un mot qui rapproche une attirance jamais agie et un viol. Le rapprochement choque. Il semble faire injure à la victime, dont l'agression se trouve rangée à côté d'un désir resté muet, et accabler celui qui n'a rien fait, rangé à côté d'un violeur. Cette gêne est légitime. Elle explique aussi, en partie, pourquoi le vocabulaire est resté en morceaux.
Et ce morcellement est en partie voulu, pour de bonnes raisons. Les professionnels qui reçoivent les agresseurs, mais aussi des personnes attirées par des enfants qui n'ont jamais agi, tiennent à séparer la pédophilie de la pédocriminalité. Un désir ne suffit jamais à expliquer une violence, rappelle la Fédération française des CRIAVS[1-1], et le trouble pédophilique doit être pris en charge le plus tôt possible. Pour qu'une personne attirée par des enfants ose demander de l'aide, encore faut-il qu'elle ne soit pas d'emblée confondue avec un agresseur. Cette distinction rend possible un soin précoce, avant qu'il y ait quoi que ce soit à juger.
Ce découpage du vocabulaire protège quelqu'un, pas tout le monde. Il protège la personne attirée qui veut se soigner. Il laisse sans mot courant la victime d'un climat : l'enfant qui n'a subi aucun acte qualifiable, à qui l'on a fait prendre une place qui n'était pas la sienne, et qui grandit avec cette chose sans nom. Les deux besoins sont légitimes, et ils ne s'opposent pas. Ils ne se tiennent simplement pas du même côté.
C'est de ce côté-là que s'ouvre l'espace d'un mot.
Une hypothèse
Ce mot devrait partir de l'enfant, de la place qu'on lui fait, plutôt que de l'adulte. Il devrait relier ce que le vocabulaire tient séparé : un regard, un acte, un climat. Il devrait laisser intacte la distinction qui protège la personne attirée qui veut se soigner, ne jamais remplacer le nom de l'acte, et qualifier un rapport plutôt que quelqu'un. Ces conditions comptent davantage que le mot qui les sert.
Une réponse possible, à éprouver :
pédosexualisation n. f. (du grec paîs, paidós, enfant, et de sexualisation). Fait, pour une personne en position dominante par l'âge, la maturité ou l'autorité, de placer un enfant, toute personne de moins de dix-huit ans, en position d'objet sexuel : par le regard (une attirance, même jamais agie), par l'acte (des violences sexuelles, avec ou sans attirance) ou par le climat (l'incestuel). Qualifie un rapport, non une personne. Adj. pédosexualisant, e.
Le point de départ est assumé. L'enfant est un sujet, et pédosexualiser, c'est faire de ce sujet un objet.
Le regard, l'acte et le climat n'ont en commun ni la personne qui en est à l'origine, ni un enchaînement qui conduirait de l'un à l'autre. L'acte suffit à lui seul, même sans attirance ; pour le climat, le mot ne vise pas la famille entière, mais le rapport qu'instaure ou entretient une personne. Ils se rejoignent en un seul point : la place où l'enfant se trouve mis.
L'enfant que vise une attirance jamais agie n'a subi aucun acte. A-t-il pour autant été placé quelque part ? Dans l'imaginaire de celui qui regarde, oui : il y est déjà devenu objet. Tant que ce regard reste contenu, aucun dommage n'est établi pour l'enfant ; c'est celui qui regarde qui en porte le poids, et souvent la souffrance[2-1]. Le mot nomme alors la place assignée à l'enfant, rien de plus, et ne fait de personne un coupable.
Mais quand l'imaginaire déborde, quand il se traduit en attention, en proximité, en une manière de parler à l'enfant ou de le regarder, on entre dans autre chose. Dans une famille, c'est ce que la clinique appelle un climat, et dont elle rapporte les effets. Le psychologue Kenneth Adams a parlé d'inceste couvert[9] ; le thérapeute Robert Weiss rapporte ce qu'en disent des patients, jamais touchés, mais mis mal à l'aise par une manière de les regarder, comme s'ils étaient devenus un objet[10]. Hors de la famille, ce peut être l'approche qui prépare l'acte[4-4]. Le mot situe ainsi ce regard sur la même carte que l'acte et le climat, et montre où passe la frontière.
Le suffixe a son importance. « -isation » dit une opération, ce que l'on fait de l'enfant, plutôt qu'un trait de la personne. On peut parler d'un regard ou d'un climat pédosexualisants sans rien dire de ce qu'est celui qui les porte.
Un mot aussi large appelle des bornes. Sans elles, il confondrait ce qu'il prétend relier.
Les bornes du mot
Ce mot tient-il les conditions posées plus haut, et jusqu'où ?
Il n'est ni un diagnostic ni une qualification pénale. Il ne range personne dans une catégorie clinique et ne remplace pas le travail des professionnels qui décrivent, chacun dans son cadre, la diversité des fonctionnements. Seul l'acte relève de la justice, et le mot ne doit jamais servir à suggérer qu'une personne qui n'a pas agi serait coupable de quelque chose.
Il ne hiérarchise pas. Réunir une attirance jamais agie, un climat et un viol sous un même terme ne les met pas sur le même plan. C'est ce rassemblement qui oblige à les distinguer, comme une carte oblige à situer chaque lieu.
Il ne remplace pas le nom de l'acte. Quand il y a viol, on dit viol ; quand il y a agression, on dit agression. Le mot donne un cadre commun. S'il servait à raconter l'acte, il l'adoucirait à son tour, comme « pédophile » adoucit déjà ce qu'il désigne quand on l'emploie pour un agresseur.
Il ne défait pas la distinction entre pédophilie et pédocriminalité. Le mot nomme l'ensemble du côté de l'enfant ; du côté de celui qui regarde ou qui agit, la distinction reste entière, et le soin comme la justice continuent de s'y appuyer. Il s'ajoute à elle, il ne la retire pas. Sur le papier, les deux tiennent ensemble. À l'usage, rien ne le garantit encore.
Il qualifie un rapport, et non ce qu'est quelqu'un. Cette borne protège ceux qui n'ont pas agi : une personne peut reconnaître ce regard en elle et chercher de l'aide sans être réduite à une identité. Elle protège aussi les victimes d'une fatalité qu'on leur prête trop souvent : avoir été mis en position d'objet dans un rapport ne destine personne à occuper l'autre place dans un autre. Elle n'offre en revanche aucun abri à l'agresseur.
La Ciivise range la nuance, la complexité et la possibilité de changer parmi les « bonnes planques » où se réfugie qui ne veut pas voir, et pose que la violence est toujours un choix[4-5]. Le mot s'accorde avec elle sur ce point : quand il y a acte, la responsabilité est entière, et il n'en retire rien. Il ne s'écarte d'elle que là où elle va peu : l'attirance jamais agie et le soin qu'elle appelle, qu'elle n'aborde que par le renforcement du dispositif d'écoute STOP des CRIAVS[4-6].
Ce rapport n'exige ni maladie ni monstruosité. Les agresseurs sont le plus souvent des proches, ordinaires, qui usent d'une position : dans l'appel à témoignages de la Ciivise, 97 % sont des hommes, et dans 81 % des cas l'agresseur est un membre de la famille[4-7]. Ces chiffres décrivent les victimes qui ont témoigné, en réponse à un appel lancé au moment où la parole sur l'inceste se libérait ; ils ne mesurent pas l'ensemble des violences.
Dans le même appel à témoignages, l'agresseur était mineur dans près d'un cas sur cinq[4-8]. Un mot qui partirait de l'adulte laisserait ces mineurs de côté. Parti de l'enfant, celui-ci les inclut, sans les confondre avec les adultes : ce qui compte est l'asymétrie du rapport, par l'âge, la maturité ou l'autorité, plus que la majorité. Entre enfants, les comportements sexuels qui relèvent du développement restent hors du champ ; ceux qui reposent sur une contrainte ou une asymétrie y entrent, même entre enfants du même âge.
Il ne recouvre pas toute domination. L'adultisme, l'emprise, la maltraitance psychologique restent hors de son champ tant qu'ils ne sexualisent pas l'enfant. Pour le climat, la frontière est plus fragile : le dénigrement ou la dépendance affective ne suffisent pas, il faut que la confusion des places se sexualise. Sans cette borne, le mot couvrirait toute domination adulte et ne distinguerait plus rien.
Il ne réclame pas, enfin, de nouvelle incrimination. La Ciivise propose de faire de l'incestualité un délit[4-9]. Que ce délit voie le jour ou non, le mot n'en dépend pas : il cherche à repérer avant d'avoir à juger.
À l'épreuve
Repérer conduit aussi à regarder au-delà des personnes. Il arrive que des publicités, des concours, des mises en scène offrent l'enfant au regard adulte. Le même mot peut-il s'y appliquer, et ce qu'une société montre de l'enfant nourrit-il ce qu'une personne regarde en lui ? Ce sera l'objet d'un second texte.
La place d'objet déborde le sexuel : on la rencontre ailleurs dans la vie des enfants, et le même test, sujet ou objet, pourrait éclairer d'autres dominations, chacune avec ses propres mots.
Le mot lui-même commence par « pédo ». J'ai gardé ce préfixe parce qu'il dit d'emblée de qui il s'agit : l'enfant. Il a pourtant un prix. Un terme qui commence ainsi risque d'être entendu comme une accusation, quelles que soient les précautions qui l'entourent. Celui qui porte ce regard sans jamais agir, et qui aurait besoin d'en parler, pourrait fuir un mot qui semble déjà le désigner. La question de la réception rejoint alors celle de la prévention. Un mot qui nomme le regard et le climat aiderait-il à repérer plus tôt, avant qu'il n'arrive quoi que ce soit, ou ferait-il taire ceux qu'il voudrait atteindre ? Je ne le sais pas.
Si un meilleur mot existe, il n'aura pas à ressembler à celui-ci. Il lui suffira de tenir les conditions posées plus haut. Elles sont ce que ce texte avance de plus solide ; le mot en est une première réponse. Il aura servi le jour où une personne qui a grandi dans un tel climat pourra dire ce qui lui est arrivé avec un mot que les autres entendent.
La question du mot ne se tranche pas sur le papier. Elle se tranchera, ou non, dans la bouche de ceux qui l'emploieront.
Ce texte prolonge le travail sur la place faite à l'enfant commencé avec la série L'enfantisme. Sur l'enfant auteur de violences sexuelles et ce que l'appareil des adultes en fait, voir Comme un grand ; sur le soin et la prévention, Incurable, et après ?. Un second texte examinera ce que nos images collectives font de l'enfant.
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Fédération française des CRIAVS, « Affaire Matzneff : pédophilie, pédocriminalité, perversion ? Décodage par des professionnels », communiqué, 2 janvier 2020.↩︎↩︎
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Leistedt et al., « Le concept de pédophilie » (première partie), Revue médicale de Liège, 2021.↩︎↩︎
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Titiou Lecoq, « La responsabilité des médias dans la terrible confusion entre pédophile et pédocriminel », Slate.fr, 9 octobre 2020 (texte paru d'abord dans sa newsletter hebdomadaire).↩︎
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Ciivise, Violences sexuelles faites aux enfants : « On vous croit », rapport public et synthèse, novembre 2023 ; Suivi des 82 préconisations, octobre 2024. Synthèse : doctrine (point 1, définition de l'enfant ; vocabulaire) ; représentation du pédocriminel ; stratégie de l'agresseur ; nombre de témoignages et profil des agresseurs. Suivi : recommandations n° 3, n° 21 et n° 72.↩︎↩︎↩︎↩︎↩︎↩︎↩︎↩︎↩︎↩︎
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Christine Delphy et Hélène Palma, « Le pédocriminel se cache-t-il où l'on croit ? », Politis, avril 2008.↩︎
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Esther Deblinger et al., « Caregivers' Efforts to Educate Their Children About Child Sexual Abuse: A Replication Study », Child Maltreatment, vol. 15, n° 1, 2010, p. 91-100 ; 289 répondants, parents d'enfants de la grande section au CE2 ; chiffre cité par l'autrice dans le communiqué de l'université, Newswise, 5 avril 2010.↩︎
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Paul-Claude Racamier, L'inceste et l'incestuel, Paris, Éditions du Collège, 1995.↩︎
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Julien Mucchielli, « Les acteurs judiciaires vont devoir faire l'effort de comprendre l'incestuel », entretien avec Olivia Dufour, Actu-Juridique, 5 décembre 2025.↩︎
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Kenneth M. Adams, Silently Seduced: When Parents Make Their Children Partners, Health Communications, 1991.↩︎
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Robert Weiss, « Silently Abused: Understanding Covert Incest », Counselor Magazine, 11 juillet 2016.↩︎

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