Le lundi matin, il part avec son sac et ses habitudes. Je referme la porte. Ce poids du vide est devenu un rendez-vous familier, celui d'un lundi sur deux.
Après son départ : un refuge. J'ai écrit. Le projet des Châteaux Intérieurs avance, j'ai écrit une histoire de plus avant midi.
Puis le poids du vide a commencé à faire son travail.
Je me suis préparé quelque chose à grignoter, j'ai pris mon chapeau imitation paille et je suis allé jardiner. Pas parce que le jardin avait besoin de moi. Parce que mon corps avait besoin d'être ailleurs que dans ma tête. Une heure de désherbage. Les mains dans la terre, les genoux humides, la satisfaction légère du carré propre derrière soi. Ça marche, un moment. Puis ça ne marche plus.
Je suis rentré. J'ai regardé un film. Je verrai toujours vos visages, sur la justice restaurative. Un bon film, un film qui ne lâche pas. J'ai pleuré. Les larmes de ce genre ne sont pas tristes à proprement parler : elles reconnaissent quelque chose. Quelque chose d'humain qui résiste et qui cherche à réparer.
Quand il s'est terminé, j'ai cherché quoi faire de la fin d'après-midi, j'ai essayé de m'imaginer avoir envie de quelque chose. Je n'ai rien trouvé.
Il y avait une histoire publiable sur mon bureau. Celle du matin. Mais j'ai regardé l'écran et j'ai pensé : je ne sais plus pourquoi je fais ça. Pas comme une crise, pas comme un doute fondateur. Juste une question posée comme pour s'excuser de pas en avoir envie.
Je me suis assis dans mon nouveau fauteuil. Pas un fauteuil de ministre, mais après avoir écrit tout l'hiver sur une chaise droite, j'apprécie le luxe. Le dos qui s'appuie. Le poids du corps qui se distribue différemment. Les petites choses.
Une notification.
Plus par réflexe que par curiosité, j'ai ouvert.
Natacha écrit depuis Montpellier. Elle est à la page 39 de “La Souveraineté et le Pouvoir" et elle voit déjà deux personnes à qui offrir le livre. Elle dit qu'elle n'est pas sûre d'apprendre quelque chose de nouveau, mais que la lecture l'aide à clarifier. À mettre des mots précis sur des sensations floues.
Il y a une façon qu'ont certaines lectures de vous rendre à vous-même. Pas parce qu'elles révèlent quelque chose d'inconnu. Parce qu'elles nomment ce qui était là, flottant, sans forme.
J'avais envie de pleurer encore.
J'ai ouvert un nouveau fichier dans mon éditeur de texte. La page 39, c'est la fin du chapitre sur la Tortue. Elle venait de la rencontrer sans le savoir. Moi aussi, sans la nommer.
Cet article appartient à la même veine que Le Singe au printemps et Bonjour Julien : ces textes où la question du pourquoi écrire revient, différemment à chaque fois. La Tortue dont il est question à la page 39 est celle du Traité de Politique Intérieure. Si tu veux la rencontrer toi aussi, c'est par là.
Parce que changer le monde passe par se changer soi-même.
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